La dictature de l’urgence – Redonner de la profondeur au temps

« TTU » – Trois petites lettres. Leur signification ? « Très Très Urgent ». Leur conséquence ? Un changement assez radical d’unité de compte, un changement d’unité de temps. Les semaines deviennent des jours, les jours des heures et, parfois, lorsque le « TTU » ne suffit plus, lorsqu’il laisse place à un baroque « TTTU » ou, mieux encore, à un « Urgentissime », les heures se transforment en minutes.
L’urgence s’insinue, sans même que nous la mesurions, dans l’ensemble de nos vies : personnelle, professionnelle, publique.

Dans notre vie personnelle ?

La nourriture : nous préparons nos repas plus vite, nous les consommons plus rapidement.

La mode : une collection par saison il n’y a pas si longtemps ; souvent plus de trois aujourd’hui.

Le cinéma : la durée de vie des films en salles diminue rapidement – le succès ou l’échec se joue en moins d’un mois.

Les transports : le TGV modifie notre rapport à l’espace – nous ne mesurons plus les distances en kilomètres mais en minutes.

Dans notre vie professionnelle ?

Les cycles de production se sont réduits : dans l’automobile, la diminution des temps de conception comme des temps de fabrication est spectaculaire. Les modes d’organisation du travail se sont modifiés et sont devenus plus intenses. Pis encore, les marchés ont imposé ce nouveau rythme à toute l’économie. Publication des résultats des entreprises tous
les semestres, voire tous les trimestres. Une rentabilité à court terme sans lien avec la réalité économique.

Dans la vie publique ?

Exactement le même phénomène ! Les lois ont de plus en plus souvent pour origine une réaction à l’actualité. Elles sont maintenant majoritairement adoptées selon une procédure accélérée qui s’appelle, ou s’appelait, la procédure … d’urgence. Les justiciables veulent que leur affaire soit jugée rapidement et les procédures d’arbitrage, de médiation, de conciliation ou de référés se multiplient.

Donner du sens au temps

Si nous réfléchissons enfin à ce qui est possible et souhaitable de faire, deux grandes voies se dessinent qui se concentrent l’une sur le temps physique, l’autre sur le temps symbolique.
Davantage encore que donner « du temps au temps », la priorité est de donner du « sens » au temps.

La dictature de l’urgence

L’auteur : Gilles Finchelstein a été conseiller technique dans des cabinets ministériels

Editions Fayard



You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter