La Dame à la louve est un recueil de dix-sept nouvelles paru au début du 20e siècle, mais dont le style correspond plutôt à celui de la fin de l’époque précédente : le décadentisme, héritier du symbolisme. Les thèmes correspondent également à cette esthétique dite fin-de-siècle, avec ses dandys, ses femmes élégantes, les amours homosexuelles et un aspect très éclaté de l’intrigue. Ce dernier se marque surtout dans le rassemblement des divers récits : ceux-ci peuvent sembler très différents, par les lieux et les époques qu’ils mettent en scène (de l’Antiquité au 20e siècle, ainsi que dans des temps indéterminés, en Europe, en Amérique, sur terre comme sur mer), mais ont tout de même un point commun qui est la supériorité de la femme sur l’homme. Les rôles traditionnels semblent inversés dans ces nouvelles : les figures féminines y sont fortes, déterminées, courageuses, tandis que les hommes se montrent peureux, fuyants et faibles. C’est pourtant la plupart du temps à eux qu’est confiée la narration : y transparaît alors la peur, la haine, le mépris, mais aussi, presque malgré eux, l’admiration. Dans certains récits, apparaît également un retournement de situation, montrant peut-être que certains hommes s’en sortent mieux que d’autres (par la terreur qu’ils inspirent plutôt que par l’amour, néanmoins).

Entre ces deux premiers types de nouvelles, s’en dégage un troisième selon moi, moins narratif, plus descriptif et davantage centré sur les femmes entre elles que sur leur affrontement avec le sexe opposé. Dans Les Sœurs du silence par exemple, est décrit un « couvent » féminin, lieu idyllique où règne l’harmonie. Plus loin, Psappha, plus connue sous le nom de Sappho, est invoquée et est celle sous laquelle la narratrice (l’auteure ?) place sa destinée.

J’ai apprécié l’ensemble de ce recueil, tous types de nouvelles confondus : Renée Vivien a le sens de la formule, un style d’écriture oralisé, donnant l’impression d’écouter un récit au coin du feu et une plume très lyrique par moments. Tous ces éléments ont su me charmer et m’entraîner dans ces histoires féminines. Je ne peux que vous conseiller vivement la lecture de ce texte peu connu, mais qui mérite de l’être.

La Dame à la louve, Renée Vivien
Gallimard

L’auteure :

Renée Vivien, née Pauline Mary Tarn en 1877 à Londres et morte en 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française.


Categories: Classique, Nouvelles

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

2 réponses actuellement.

  1. Onciale dit :

    Bonjour Amandine,

    Je viens de lire avec intérêt votre avis sur ce recueil de nouvelles. Je l’ai lu et j’en ai été déçue, je préfère de loin Renée Vivien dans sa poésie ou sa prose poétique que je trouve magnifiques (Brumes de fjords par exemple). Peut-être est-ce le côté fantastique des nouvelles qui m’a déstabilisée ? Je ne remets toutefois pas en cause son style d’écriture.

    • Amandine dit :

      Bonjour Onciale,
      Merci pour votre intérêt et ce commentaire. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire d’autres œuvres de cette auteure, je note celle que vous avez citée. C’est surtout son style d’écriture que je retiens à présent, bien plus que l’univers féminin qui m’avait tant plu.

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter