L’auteur, que l’on ne présente plus, est algérien de naissance, écrit en français et est traduit dans quarante-et-un pays.
Yasmina Khadra aurait très bien pu écrire en arabe mais, encouragé par son professeur de français et souhaitant plus que tout écrire, il a intégré avec bonheur, et pour le nôtre également, l’espace des auteurs francophones. Pour les arabisants, son nom de plume interpelle (dans le civil, son identité est Mohammed Moulessehoul) : en hommage aux femmes algériennes, il a choisi de porter hauts les prénoms «Yasmina Khadra» (on ne peut plus féminins) de son épouse qui signifient «jasmin vert».
Son dernier roman est un thriller humanitaire inspiré par les actes récurrents de piraterie dans le golfe d’Aden.
Notre héros, le docteur Kurt Krausmann, omnipraticien à Frankfurt (Francfort en Allemagne), accepte au décours d’un drame familial d’embarquer sur le bateau d’un ami milliardaire mettant le cap sur les Comores où cet ami est sensé équiper un hôpital au profit d’une association caritative dont il est membre. Passés le détroit bien nommé de Bad Al Mandab (ﺒﺎﺐ ﺍﻠﻤﻨﺪ ﺐ), la Porte des Larmes, ils essuient un abordage. De la Somalie au Soudan, le docteur Krausmann décrypte peu à peu un monde inconnu où survivre est une action récurrente et sans fin. Cette course effrénée à la survie se termine grâce à la rencontre opportune avec Elena.
Le roman est bâti autour d’un triptyque : «Frankfurt», «Blackmoon» et «Retours». Les trois tableaux de la vie d’un même homme ne sont que la mort du vieil homme, sa transformation au contact des Afriques (car l’Afrique n’est pas une mais multiple) et la renaissance du nouvel homme prêt à embrasser une autre vie, le tout sur fond d’aventure humanitaire. La mort du vieil homme se joue à Frankfurt où le héros se trouve confronté au suicide de l’amour de sa vie et décide ex abrupto de laisser son cabinet de médecine générale pour embarquer sur un bateau croisant vers les Comores. Sa transformation s’opère sur la terre des Afriques où la grille de lecture se résume à une équation dont l’inconnue n’a que deux solutions : vie ou mort. Ayant survécu jour après jour, il comprend enfin l’intérêt de vivre pleinement le présent sans se référer en permanence à hier et sans prévoir des lendemains meilleurs. Cette transformation permet une renaissance qui le rend à nouveau apte au bonheur.
Je ne peux résister à vous faire part des vers rédempteurs clôturant ce roman :
«Vis chaque matin comme s’il était le premier
Et laisse au passé ses remords et méfaits
Vis chaque soir comme s’il était le dernier
Car nul ne sait de quoi demain sera fait.»
In fine, faites vôtre le vers du poète latin Horace : «Carpe diem».

L’équation africaine, Yasmina Khadra
Julliard

L’auteur :
Yasmina Khadra est né en 1955 en Algérie.



Categories: Passion, Thriller

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

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