Après la mort de son père à l’âge de 87 ans, Lison reçoit du notaire un paquet contenant un journal intime. Durant toute sa vie suite à une trouille magistrale éprouvée à l’age de 12 ans, en 1936, son papa a consigné toutes les sensations qu’il éprouve au travers de son corps. Durant sa vie entière il va noter les transformations, les pulsions, les réactions, les maladies, bref tout l’aspect purement physique de son existence. Ce qu’on va apprendre passe au travers de ce prisme, de ce récipient qu’est notre enveloppe charnelle. Et autant le dire tout de suite, c’est enthousiasmant, drôle, puis de moins en moins, puis ça fiche la trouille.
Ce qui est certain, c’est que ce bouquin peut se lire à tout âge, en tout cas entre 12 et 87 ans, à la Tintin. Chacun pourra s’y reconnaitre. Peut-être un peu moins les femmes, mais j’y reviendrai plus tard. Donc, quel que soit soit son âge au moment de la lecture, on trouve toujours une période qui nous correspond . Il est amusant de lire des sensations qu’on a éprouvé soi-même au même moment de sa vie en constatant qu’on est tous un peu pareils, surtout quand il s’agit de choses qui tiennent de l’intime et qu’on ne partage pas forcément, même avec des très proches.

Le rythme du livre est donné par le style propre au journal intime. On passe d’un évènement à l’autre, parfois on saute de longues périodes. Les grandes découvertes se font pendant l’enfance et l’adolescence, après c’est différent. On apprend à se connaitre pour ce qui est du fonctionnement général mais on rentre plus dans les détails au niveau de la tuyauterie. Dans la période où le narrateur a ses enfants et doit mener sa vie professionnelle le journal est moins fourni. A ce moment de la vie le corps carbure à plein régime, on l’oublie. Mais il ne manque pas de se rappeler à nous à un moment ou à un autre, puis arrive la période ou il devient un fardeau, avec son lot de soucis quotidiens, d’examens médicaux et j’en passe.

Le livre est drôle comme sait l’être Pennac, mais il y a beaucoup de réflexion et de profondeur quel que soit la maturité du narrateur. Le petit garçon est émouvant, l’adulte est enthousiasmant, le vieillard fait mal au cœur. On passe par tous les états et on se dit qu’on a intérêt à en profiter avant que ça ne se gâte de trop. J’ai pris un plaisir énorme à lire ce livre nécessaire.

Je vais conclure avec cette remarque : le livre a été écrit du point de vue du sexe masculin et il est évident qu’une femme l’aurait écrit différemment. Cela doit encourager les lectrices à s’y intéresser car elle vont certainement apprendre des particularités masculines, ou qu’elles ignorent, ou qu’elles soupçonnent.
La quatrième de couverture le dit très bien : « …en retour, j’aimerais lire le journal qu’une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste ce mystère ? En ceci par exemple qu’un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l’encombrement de leur sexe. »
Ce serait un juste retour des choses.

Journal d’un corps, Daniel Pennac
Gallimard

L’auteur :
Daniel Pennac est né en 1944 à Casablanca (Maroc)

Categories: Humour, Passion

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