France-RFA 1982, si on ne l’a pas vécu en direct, on en a forcément entendu parler. En 120 minutes plus les tirs au but, au bout de la nuit à Séville lors d’une demi-finale de coupe du Monde de football, le pays est passé de la joie intense à la
tristesse profonde, ravivant des sentiments anti-allemand d’une violence incroyable.
Michaël Mention nous propose de (re) vivre  le match de l’intérieur, par le biais d’un Français mais qui pourrait aussi bien être l’ensemble des joueurs, soi-même, le public, la France entière. Il interpelle ses coéquipiers, s’en prend à l’arbitre, tremble devant les attaques allemandes, frémi devant une occasion française, comme on aurait pu le faire devant sa télé. 1982, le début des années Mitterrand et la fin d’un certain football qui va bientôt basculer dans une ère nouvelle. La France à l’époque est « championne du Monde des matchs amicaux », de glorieux et romantiques losers, pas la moindre compétition gagnée, en club ou en sélection. Elle arrive à ce stade de la compétition en ayant pris une leçon contre l’Angleterre et en ayant battu des équipes de seconde zone. Ses chances sont faibles, la défaite n’en sera que plus cruelle.
Autour des 22 gladiateurs et les arbitres dans un une arène chauffée à blanc, va se nouer un drame où tous les sentiments vont se mêler : peur, douleur physique, agressions, injustice, espoir et désespoir, nationalisme, racisme, trahison, vengeance…
La bande à Platini, on s’en rend compte, pas si unie que ça, affronte une équipe gonflée à l’éphédrine (d’où l’agressivité débordante des joueurs allamands) avec Harald Schumacher en tête, le méchant nécessaire à tout bon drame.

Du coup reviennent toutes les souffrance endurées des années plus tôt, en 1870, 1914 et 1945, où on parlait de casques à pointes de boches et de schleus. Et la haine de l’Allemand va resurgir, découvrant des plaies mal pansées.  L’auteur nous plonge dans la politique de l’époque, du socialisme français et des début de l’après Franco. Sur fond de musique rock, de cinéma et d’Histoire, l’auteur s’interroge sur la notion de Nation, sur la bêtise la haine et le racisme, du combat et de la place du petit soldat dans une guerre qui le dépasse, la petite histoire dans la grande.

Ceci n’est pas un match, comme disait l’autre.

Jeudi noir, Michaël Mention
Ombres Noires

Categories: Passion

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