Salie est une jeune femme d’origine sénégalaise qui vit à Strasbourg. Bien intégrée dans la ville alsacienne, elle a cependant un problème majeur dans sa vie sociale : elle ne supporte pas d’être invitée chez les autres, dans la maison des autres.
Sortir, aller au restaurant, pas de souci. Se rendre dans le foyer de ses amis est une véritable angoisse pour elle, une phobie. Le livre débute sur une énième invitation de sa meilleure amie, Marie-Odile, qui a réussi à lui arracher son accord pour un dîner. Nerveuse et tourmentée à cette idée, Salie replonge dans son enfance africaine afin d’analyser les raisons de son comportement et de ses freins.
Petite fille « bâtarde » (il est même difficile à écrire ce mot) dans son village de Niodior, sur la côte au sud du Sénégal, elle est élevée par ses grands-parents qui sont les seuls à lui témoigner de l’amour. Pour les autres, elle est celle qui est née hors mariage et qui doit tout au reste de la (nombreuse) famille. Elle subit la tyrannie d’un oncle qui en plus de lui infliger de nombreuses corvées, la maltraite et la dénigre. L’emprise familiale est telle que même adulte elle doit lutter afin de sortir du carcan et du poids des traditions qui veulent qu’une femme de son statut n’est rien, sinon qu’une esclave au service des autres.
Salie est en dialogue permanent avec elle-même, elle adulte et elle petite fille (la Petite), qui la pousse à ne plus se mentir et à affronter la réalité. Pour avancer, pour grandir, il faudra que ces deux-là fassent la paix.

Fatou Diome, qu’on a bien du mal à dissocier de Salie, nous explique les mentalités et les coutumes sénégalaises parfois bien loin de nos critères occidentaux. Elle a une écriture très imagée, avec un vocabulaire d’une grande richesse de ceux qui ont appris un Français académique et qu’on jalouse tant il semble parfait. Le tout dans un univers rêvé de paysage de villages côtiers et d’océan, sur fond de musique Kora et un poil de Flamenco. Car la mer (le grand-père est pêcheur) et la musique sont très présentes dans le livre, qui est partagé entre la houle de l’une et le rythme de l’autre. Mais ne n’y nous trompons pas, derrière ce décor il y a une société impitoyable pour ceux qui sortent de la norme.

Le despote n’a que la puissance et l’autorité qu’on veut bien lui recommander, car se soustraire à son emprise, c’est l’anéantir.

Impossible de grandir, Fatou Diome
Flammarion

L’auteure :
Fatou Diome est née en 1968 à Niodior (Sénégal)


Categories: Passion, Philosophie

1 réponse actuellement.

  1. Fatou diome est un écrivain qui s’impose dans le monde culturel avec beaucoup de talent. Elle très douée.

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