Elle est jeune et grâce à son nouveau travail elle peut s’offrir une nouvelle voiture et même un appartement. Issue d’une famille pauvre, elle a dû lutter (contre sa mère surtout) pour pouvoir continuer ses études après le bac. Après cinq années passées dans une grande enseigne de vente de produits sportifs, elle peut enfin montrer son savoir-faire en dirigeant une équipe de vente. Mais sa première mission dans ses nouvelles fonctions est de se débarrasser de « l’ancêtre ».
« L’ancêtre » est le surnom donné par ses collègues au plus vieux représentant de la boite. Il est proche de la soixantaine, fume comme un pompier et ne veut pas vendre les produits proposés par la nouvelle direction. Il a contribué à l’essor de l’entreprise, quand seul avec le fondateur, quarante ans plus tôt, il sillonnait déjà les routes de France pour vendre le papier-peint qui allait assurer la prospérité de la société. Lui est toujours là, solitaire mais il a une clientèle fidèle.

Précisons qu’à aucun moment les deux personnages ne sont cités nominativement. Le type de narration est original : quand l’auteur parle de la jeune femme il utilise le tutoiement, et le vouvoiement quand il s’agit de l’homme. Cela donne une distance. Les faits sont énoncés sans jugement, donnant deux éclairages différents sur les tranches de vies..

Deux personnalités, deux générations. Presque tout sépare la jeune femme et le représentant de commerce. Elle veut réussir dans son boulot et dans sa vie professionnelle qui connait enfin un espoir de vie meilleure. Il suit une routine qui le rassure et les milliers de km qu’il a parcouru dans sa vie le ramènent au même endroit. Leur point commun : la solitude (ils désertent, île déserte).

C’est une réflexion sur notre façon de travailler aujourd’hui, nos motivations, nos envies. Comment faire le choix entre la nécessite de gagner sa vie pour avoir un confort matériel et celle d’avoir un confort de vie simplement ? Il est difficile de sortir du modèle dans lequel on n’est (on naît ?). L’auteur pose un regard bienveillant sur nos vies parfois bien compliquées, empêtrés que nous sommes dans nos contradictions.
Les personnages sont vraiment profonds. On suit l’itinéraire de leurs vies, leurs envies, leurs espoirs, leurs compromis et leurs déchirures.

Voici un bouquin bien dans l’air du temps, qui je l’espère, se fera une belle place dans la prochaine rentrée littéraire.

Ils désertent, Thierry Beinstingel
Fayard

L’auteur :
Thierry Beinstingel est né en 1958 à Langres

Categories: Passion, Société

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