HHhH, pour un titre de livre, avouez qu’il fallait oser ! « Tu lis quoi en ce moment ? » : « HHhH ! » Il se pourrait bien qu’on réponde : « le Binet », tant cette évocation historique fait corps avec l’écrivain. Tout d’abord levons le voile sur la signification des ces initiales : Himmlers Hirn heißt Heydrich, le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich.
Vous l’aurez compris, l’intrigue se déroule pendant la seconde guerre mondiale. Reinhard Heydrich est nommé Gruppenführer à 30 ans, la carrière du « boucher de Prague » ou encore de « l’ogre blond » est lancée. Le gouvernement tchèque est en exil à Londres et va envoyer deux jeunes parachutistes volontaires essayer de frapper un grand coup en éliminant le SS de sinistre mémoire.
Laurent Binet au travers de ce récit, brosse un portrait parfaitement documenté de ce qu’était la Tchécoslovaquie de l’époque. Afin de bien comprendre le déroulement de l’opération, l’auteur explique le contexte historique et n’hésite pas, et c’est ce qui rend le livre extrêmement intéressant, à imaginer comment tel ou tel protagoniste a vécu intimement l’action. Qu’on ne s’y trompe pas, historiquement c’est béton. Mais il imagine quelles ont pu être les émotions des différents personnages, qu’ils soient nazis ou résistants. Ça rend le récit plus romanesque mais pas moins crédible.
Contrairement à un historien plus classique comme Antony Beevor (dont je recommande entre autres « Stalingrad » pour les infos sur l’armée allemande dans l’est de l’Europe) qui ne rapporte que les faits (de façon très talentueuse tout de même), Binet juge et tranche : « …ni un gros porc comme Göring ou Bormann. »
On y retrouve des points communs avec « Les bienveillantes » de Jonathan Littel -comme l’évocation du massacre abominable de Babi Yar- mais sans les délires fantasmagoriques du SS Aue.
On parcourt le livre, de la mollesse des gouvernements d’avant guerre face à Hitler, à l’évocation du village martyr de Lidice (à cause d’un hasard cruel) avec  effroi et compassion, mais aussi avec admiration pour le courage dont font preuve tous les oubliés de l’Histoire (Binet est mortifié de ne pas pouvoir leur rendre hommage à tous) qui ont résisté à leurs risques et très souvent périls.

J’imagine que les puristes y trouveront à redire, mais l’exercice est périlleux et cette manière de traiter l’histoire est originale et vaut largement d’être lue.

HHhH, Laurent Binet
Le Livre de Poche

Prix Goncourt du premier roman 2010
Prix des lecteurs 2011 du Livre de Poche

L’auteur :
Né à Paris le 19 juillet 1972. Agrégé de lettre modernes, il enseigne à l’université Paris III.

Categories: Historique

1 réponse actuellement.

  1. [...] la « question juive ») dirigé d’une main de fer par Reinhard Heydrich. Dès 1926, Bruno s’inscrit au NSDAP (parti national-socialiste) et à la SA, son [...]

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