Eric Fiat veut définir soigneusement la dignité, d’autant  que certains estiment qu’il y a des situations qui la font perdre… De plus, il est possible de rencontrer des conduites indignes, devant lesquelles s’indigner… Une série de portraits de personnalités aux conduites dignes ou indignes précède la présentation de conceptions de la dignité. Ces portraits montrent la complexité de l’être humain, toujours en train de changer. Pour l’auteur, l’homme trouve, à notre époque, sa dignité dans sa qualité d’être libre.

Sont ensuite abordées les conceptions de la dignité. L’idée de dignité prend le relais, chez les bourgeois, de celui d’honneur dans la noblesse, comme valeur ne relevant plus exclusivement de la naissance. Mais, cette conception, qui s’appuie sur les performances, sur des codes vestimentaires et comportementaux, reste discriminante. C’est un carcan dont les bourgeois eux-mêmes ont eu à cœur de sortir !

Que propose la conception monothéiste d’un homme dont la dignité vient qu’il soit conçu à l’image de Dieu ? Elle relève de la foi, se trouve incarnée dans le personnage du Christ souffrant, icône de tous les hommes privés de dignité, mais elle est fragile, et doit éviter la tentation de justifier la souffrance.

Le philosophe Kant théorise la dignité même en l’absence de justification divine, car l’homme est une fin en soi, il n’est donc pas nécessaire de s’interroger sur son utilité. La loi morale est-elle inscrite en chacun sans exception ? Le fou, le polyhandicapé sont-ils revêtus de dignité ?  L’auteur rappelle la loi, qui attribue avec raison le résultat de la déficience à l’environnement. La conscience, pas plus que la mémoire, ne fondent la dignité, et l’auteur s’intéresse au thème kantien du respect, qu’oblige la dignité.

Quelle place à la dignité, dans un univers contemporain qui a remplacé la nécessité bourgeoise de « se tenir » par l’obligation tyrannique de « se lâcher » ? Le mouvement démocratique érige la dignité en bien commun.  Faisant tout pour oublier la mort, au risque de perdre le contact avec son centre intime, l’homme actuel estime facilement que maladies, handicaps, agonies, porteraient atteinte à la dignité humaine. La revendication du droit à mourir dans la dignité, avant de devenir un « légume », correspond-il à une revendication de dignité ? L’auteur ne le pense pas, même si les soins palliatifs ne sont pas une réponse suffisante. L’auteur admet donc, au moment de conclure, sa préférence pour une conception basée sur la présence en chacun de la loi morale : tous les hommes sont dignes et le sont également, et doivent être respectés. Cela n’empêche qu’il y a des situations ou des conduites qui menacent cette dignité, envisagée comme une vertu.

L’ouvrage est d’un abord agréable, d’une écriture légère, interactive, voire badine, comme le serait celle d’une conférence.  Chaque chapitre se termine par les références correspondantes, la couverture est illustrée par un portrait de femme, en noir et blanc, dont le regard exprime la détermination, l’habitude de la souffrance, et les bras croisés le courage, les vêtements une certaine indigence, et l’ensemble, oui, une indiscutable dignité !

Grandeurs et misères des hommes, petit traité de dignité, Larousse, coll. « Philosopher », 2010, 235 pages,

L’auteur : Eric Fiat est agrégé de philosophie et maître de conférences à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Il enseigne au centre de formation des personnels hospitaliers à Paris.



Categories: Essai, Philosophie, Société

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter