Franz Stangl a été le commandant des camps d’extermination de Sobibor et de Treblinka. Il a fui au Brésil après la guerre et a coulé des jours paisibles avant d’être extradé en 1967 et incarcéré en Allemagne en attente de son procès. En 1971 il est interviewé par une journaliste britannique du Daily Mail qui réalise des articles sur les criminels nazis. Au cours de ces entretiens, Stangl prononcera cette phrase :  » Je n’ai plus d’espoir », sans que l’on sache exactement quel sens donner à cela. Plus d’espoir de sortir de prison, de se faire entendre, de rédemption ?

L’auteure est interpellée par cette déclaration car aucun des responsables nazis n’a émis le moindre regret concernant la Shoah. Ils ont tous affirmé n’être qu’un rouage, avoir obéit aux ordres et s’ils ne l’avaient pas fait, d’autres s’en seraient chargés. Est-ce que Stangl a essayé de se regarder une fois dans le miroir pour faire face aux horreurs qui ont été commises sous son commandement ? De toute façon quelle importance cela peut-il bien avoir, au regard de ce qu’il a fait ?
Lui bien entendu ne s’est jamais sali les mains. Il laissait la sale besogne aux autres qui emmenaient femmes et enfants dans les chambres à gaz. L’espoir qu’il n’a plus à la fin de sa vie, c’était tout ce qui restait aux déportés : l’espoir de rester en famille, d’aller vers une destination où ils allaient vraiment travailler. Car quand l’espoir avait disparu, ils commettaient des gestes irréparables qui entravaient la « bonne marche » de la machine infernale. Alors pour cela il fait construire une fausse gare à Treblinka, avec une fausse horloge et de fausses salles d’attente qui menaient directement à la mort. Neuf cent mille mort sur la conscience. Ou pas ?

Ce livre sur cet officier nazi est une façon de rendre hommage à tous ceux qui sont morts assassinés dans des conditions effroyables. Mais aussi, il rend justice aux vivants, ceux qui ont eu honte d’eux-mêmes, de ce qu’ils ont vu et vécu, honte d’avoir survécu hantés par leur destin tragique. Alors que leurs bourreaux pour une très grande majorité ont pu (re)commencer une nouvelle vie comme si finalement de rien n’était. Ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres…

C’est fort, émouvant et formidablement bien écrit. On le reçoit ce livre comme un coup de poing qui nous coupe le souffle et nous sonne pour un bon moment.

Franz Stangl et moi, Dominique Sigaud
Stock

Categories: Essai, Guerre

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