En cette période de grisaille littéraire pour moi, ce roman a été comme un rayon de soleil qui a su percer l’épaisse couche de nuages sombres par sa poésie et sa beauté.

J’avais des attentes plus ou moins élevées avant de commencer ce livre, mais je ne pensais pas qu’elles seraient si bien remplies, au-delà même de mes espérances. La traduction rend merveilleusement bien compte du style musical de Kosmas Politis annoncé sur la quatrième de couverture : je me suis laissé bercer et ensorceler par cette mélodie douceâtre et amère tout au long de ma lecture. Cela est, d’après moi, en grande partie dû aux nombreuses descriptions qui émaillent le récit : justes, bien placées et rédigées dans un style impeccable. Elles créent véritablement l’ambiance du texte, tant par des images, des odeurs, des sons ou diverses métaphores, au point que le lecteur ne peut que se sentir entrer dans cet univers, voire faire partie de ce petit groupe d’amis.

Ces personnages sont des enfants, à l’aube de l’adolescence et de la découverte de la vie, dans toute sa beauté et sa cruauté. C’est cette période de transition que nous fait lire Kosmas Politis, avec la tendresse et l’ironie du souvenir. Cette dimension « passée » de la narration est d’ailleurs très bien exploitée : certains faits sont rendus un peu flous, remis en doute ou sont idéalisés, mettant ainsi en exergue les procédés romanesques classiques et amenant, mine de rien, une réflexion possible sur ceux-ci. Malgré tout, le propos principal reste les premières amours de ces jeunes garçons et filles – sujet qui n’est pas du tout abordé de façon mièvre, contrairement à ce qu’on pourrait craindre. Ce que j’ai particulièrement apprécié dans le traitement de ce thème, c’est que l’auteur n’a pas négligé Thanatos à côté d’Eros, à l’image des auteurs antiques ou de Shakespeare : les rivalités ne sont pas absentes, et la mort rôde autour de ces jeunes âmes qui la méconnaissent encore. Le tout est amené progressivement, bien que sur un espace temporel assez court, avec virtuosité.

En conclusion, je  vous conseille ce roman magnifique et émouvant sans jamais tomber dans le pathos ou même le sentimental, que je n’hésite pas à placer à côté des plus grandes histoires d’amour tragique.

Eroïca, Kosmas Politis
Ginkgo

L’auteur :
Kosmas Politis (1888-1974) est considéré comme la figure représentative de ce que l’on appelle « la génération années trente ». Il a écrit cinq romans, dont le plus célèbre avec Eroïca est le Bois des citronniers.


Categories: Classique, Passion

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

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