Pendant cette période inédite et très particulière de confinement, nous vous proposons de découvrir des témoignages de personnes de tous horizons. C’est une façon de partager ce moment singulier -et quelque peu effrayant- pour découvrir comment chacun le vit à sa façon. Bon courage à tous, prenez soin de vous !

Enfin à la maison !

De retour après 11 jours à l’Hôpital Emilie Muller.

Les symptômes ont commencé 5 jours avant mon arrivée ici. Toux, fièvre, maux de tête, courbatures… du classique pour bon nombre de ceux par qui le virus est passé.
Un semblant de mieux cependant. Je me préparais à vivre classiquement mon confinement en mode télétravail – garde d’enfants.

Mais l’embellie n’était pas pulmonaire.
Des douleurs dans le thorax se font sentir, et l’insuffisance respiratoire. Monter un escalier, prendre une douche m’essouffle. Plus d’autre choix que d’appeler le 15. Au bout du fil, un questionnaire précis sur les symptômes. Puis un message laconique : « Vous m’avez convaincu monsieur, je vous envoie une ambulance dans une heure. »
Le SAMU arrive. Immédiatement je suis masqué. Test de saturation : 80. Cas d’urgence. Je suis installé à l’arrière du camion. Je ne dois rien toucher. J’arrive aux urgences. Je tiens encore debout malgré mes difficultés respiratoires. Je trouve une place dans le couloir et j’attends, j’observe les urgences en pleine crise Covid : des soins pratiqués dans les bureaux des infirmières, des brancards dans les salles d’attente. Des gens de tous âges allongés avec des filets d’oxygène. Certains dorment, d’autres gémissent.

On me fait une première prise de sang. Puis une radio, directement dans la salle d’attente. J’attends encore. Puis dans le minuscule local du médecin qui m’ausculte, je vois les résultats tomber sur l’écran. Je ne comprends pas tout mais je vois bien qu’il y a quelque chose sur la radio, et que j’ai des saloperies dans le sang.

« Vous avez une infection. On va vous donner des antibiotiques ». Je me dis que je vais rentrer bientôt avec une ordonnance et des cachetons à prendre. Puis tout ira bien.

« On va vous garder ici quelque jours en observation ». C’est plus grave que je ne le pense.
On m’amène au service gastro-entérologie et je comprends qu’on réquisitionne des chambres dans différents services pour les « covidés » qui arrivent en masse. On m’installe une perfusion. Installé dans mon lit je tousse mais je ne ressens pas de douleurs. J’ai du mal à respirer mais l’oxygène m’apaise et je me dis que ça va aller. Je suis étonnamment seul dans la chambre.

Je passe une nuit correcte au son des bulles de la bouteille à oxygène.

Le lendemain matin les infirmières font les premiers contrôles. Sous oxygène, j’ai une bonne saturation. J’ai de la fièvre mais je la supporte. Une fois parties, me sentant en confiance, je me lève pour aller aux toilettes. Les premiers pas sont normaux. Je tousse et je sens le souffle un peu coupé. Puis la respiration se fait plus difficile et carrément impossible. J’ai l’impression de me noyer comme si on me bloquait totalement l’arrivée d’air. Je rejoins tant bien que mal mon lit et je comprends que je ne suis pas là par hasard. Le médecin arrive quelque minutes à peine après. Je suis encore essoufflé de mon périple de 2 mètres… Elle m’explique que c’est normal, que c’est de cela dont souffrent la plupart des hospitalisés du covid. Et que c’est pour cela que les gens doivent être pris en charge à l’hôpital. L’important pour moi est qu’il n’y ait pas d’aggravation dans les heures et jours qui viennent pour éviter l’assistance respiratoire et la réanimation.
Je dois prendre mon mal en patience et attendre que ça aille mieux. On m’annonce entre 10 et 20 jours. Une éternité…

Un voisin de chambrée vient me rejoindre. Il est âgé et il est là depuis quelques jours. Il n’a pas de syndromes respiratoires mais le virus l’a beaucoup affaibli.

Les jours s’enchaînent et se ressemblent. Les équipes infirmières aides soignantes médecins tournent. Des personnes sans visage, emmitouflées dans leurs blouses et surblouses de protection, gantées, masquées, charlottées, surlunettées. Elles crèvent de chaud la dessous. Chaque fois qu’elles entrent dans un secteur Covid, elles doivent mettre tout l’attirail. Des qu’elles en sortent elles doivent tout retirer et tout désinfecter. Elles pourraient nous détester, nous qui leur rendons la vie dure. Mais ce n’est pas le cas. Elles sont compréhensives, compatissantes. On perçoit leur stress. Elles ont peu de temps à nous consacrer et vont à l’essentiel. On parle peu. Mais on les sent satisfaites quand elles voient qu’on va mieux.

Les jours passent et se ressemblent beaucoup. Confiné dans cette chambre, je ne ressens rien de l’agitation dont il est question à la télé quand on parle des hôpitaux de Mulhouse.
Rien qui témoigne de la saturation des équipes et des capacités d’accueil.
Rien à part peut être le bal des hélicos et les allées et venues toutes les 4h des infirmières pour prise de température, tension, saturation, prises de sang…
Au bout de 4 jours. Une amélioration se fait sentir. Toujours essoufflé quand je me déplace, j’y parviens cependant plus facilement. 4 jours plus tard je ne ressens pas réellement d’amélioration dans mes capacités respiratoires, même si les prises de sang sont encourageantes et que je n’ai plus de fièvre. C’est au bout du 8e jour que je ressens vraiment un mieux. Je me débarrasse de mon filet d’oxygène et je commence à avoir la bougeotte. Le personnel me fait remarquer que j’ai l’air d’aller mieux. Le médecin me parle d’une dernière prise de sang de contrôle… et je pourrais partir.

Je suis à la maison maintenant. Je retrouve mes repères et mon poste de télétravail que je venais juste d’installer avant de tomber malade.

Deux jours avant que je ne parte, mon voisin de chambrée a eu des complications. Le virus est traître et sait se faire attendre pour compliquer la vie de ses victimes. Je le voyais encore rentrer avant moi… il y est toujours et j’espère qu’il s’en sortira . Maintenant je reprend une vie normale de confiné normal. Je vais retrouver bientôt mes enfants. Je reçois plein de messages de gens que j’aime, rassurés de me voir rentrer.
Cette drôle de parenthèse a été particulièrement éprouvante mais aussi riche en enseignements.

On pense politique forcément : on a envie de crier qu’il faut soutenir l’hôpital public et valoriser son personnel. Arrêter les logiques purement financières et gestionnaires qui abîment les services publics dans ce qu’ils ont de plus précieux : notre santé. Quels enseignements seront tirés de tout ça… Sans doute pas grand chose hélas. Derrière mon ordinateur quand j’écris ces mots et que je me remémore tout cela, j’ai une grosse pensée pour tous les personnels qui ont assuré et continuent d’assurer avec détermination leur mission, et avec humanité surtout, malgré le manque évident de matériel, de moyens et de personnel. Je n’ai hélas pas eu le temps de tous les remercier avant de partir.

Un gros merci à nos soignants sans visage. Qu’ils tiennent bon et qu’on continue à les soutenir pendant les semaines à venir de cette crise, et au-delà surtout !

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