Parfois, un livre et son contenu vous rattrapent. C’est le cas de ce discours écrit par La Boétie. Ce qui est évoqué dans ce livre est plus  que jamais au cœur de nos vies.

 » Ce sont donc les peuples mêmes qui se laissent ou plutôt se font maltraiter, puisqu’en cessant de servir (le pouvoir) ils en seraient quittes; c’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui ayant le choix ou d’être esclave ou d’être libre, abandonne sa liberté pour le joug… »

J’en suis à ma troisième lecture en deux ans. Je l’avais relu suite d’une adaptation théâtrale de Stéphane Verrue présentée dans le cadre des ATP, dans le Gard en 2011. Je viens de le relire près Rue des voleurs de Mathias Enard, ce bouquin qui évoque les évènements que l’on a si joliment appelé « Le printemps arabe ». Et comme il n’y a pas de hasard « Discours de la servitude volontaire » a repointé le bout de ses pages dans ma vie, après avoir vu en mars le   »Lorenziaccio d’après George Sand ». D’où la troisième lecture.

« Discours sur la servitude volontaire » avait été une découverte en classe de philosophie, un écho à la société gaulliste sous le poids de laquelle mon adolescence pliait. Mais la jeunesse si elle plie, ne rompt pas. Souvent, trop vite les fleurs du printemps se fanent. Heureusement des graines sont semées, et ce livre contient des graines prêtes à germer.

Juste un petit morceau choisi pour vous donner envie d’aller plus loin :

« Ce ne sont pas les bandes de cavaliers, ce ne sont pas les compagnies de fantassins, ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran. On ne le croira pas au premier abord. Mais c’est vrai. Ce sont toujours quatre ou cinq individus qui maintiennent le tyran au pouvoir, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en esclavage; il n’y en a toujours eu que cinq ou six qui ont eu l’oreille du tyran et s’en sont approchés d’eux-mêmes (ou bien ils ont été appelés par lui) pour être les complices de sa cruauté, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et ceux avec lesquels il partage ses pillages. Ces six-là en ont six cents qui profitent sous eux, et ils font de ces six cents la même chose que le tyran fait avec eux. Ces six cents en tiennent sous eux six mille qu’ils ont promus en leur donnant une situation (gouvernement d’une province, maniement des deniers, afin de maîtriser leur cupidité, (…).
En somme on comprendra que l’on en arrive à ce point par les faveurs ou sous-faveurs, les gains et les regains qu’on a avec les tyrans, et qu’il se trouve finalement autant de gens auxquels la tyrannie semble être profitable que d’autre à qui la liberté serait agréable… »

Que le mot philosophie ne soit pas un frein. Ce livre n’est ni ennuyeux, ni pontifiant. Il est facilement lisible dans la version éditée chez Folio dans une langue assez moderne pour être comprise de tous. C’est un condensé de réflexions d’un homme jeune (La Boétie est mort à 32 ans, 9 mois et 17 jours), ayant vécu sous le règne d’Henri II… il y a 5 siècles.

C’est terrifiant de constater que la tyrannie a juste changé de nature (peut-être pas partout…) et que les peuples sont toujours aussi dociles et faciles à berner. En le (re) lisant vous découvrirez que la littérature d’idées à encore de beaux moments à nous procurer.

Discours de la servitude volontaire, Etienne de La Boétie
Folio

L’auteur :
Etienne de La Boétie est né en 1530 à Sarlat et est mort à Germignan dans la commune du Taillan-Médoc

About Loup 30

Lectrice passionnée, amateur de Céline, Thoreau, Auster, Yourcenar, Gelé, Coe, Vargas. Eclectique …La liste est trop longue. Artisane de mots à lire et à jouer. Je suis comédienne installée dans les Cévennes, accessoirement j'ai un doctorat d'Etat en biochimie. Je tiens un blog et j'ai écrit mon premier roman qui vient de paraître cette année "Se départir". blog http://caronlouise.blogspot.fr

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