En 1996, Luis Sepulveda et son ami photographe Daniel Mordzinski entreprennent un voyage en Amérique du Sud, à travers la Patagonie. Ils relatent aujourd’hui ce long périple de 3500 km dans un livre de souvenirs. Plus qu’un carnet de voyage ou une compilation de reportages, il s’agit d’un instantané sur un monde aujourd’hui disparu, rattrapé par les investisseurs avides de terres vierges aux rendements prometteurs, notamment pour l’élevage de moutons dont la laine habillera une partie de la planète. « La Patagonie et la Terre de Feu ont toujours été considérées comme des territoires susceptibles d’être spoliés impunément. Au nom de l’élevage et du progrès, on a exterminé des ethnies, des races, des forêts… »

Sans jamais tomber dans la mélancolie ni la nostalgie, la plume magique de Luis Sepvulveda nous emmène dans des rêves où tout est possible. Ce qui fait la force du récit, ce sont les rencontres, les situations parfois cocasses mais toujours justes. Chaque étape est l’occasion de rencontres authentiques et d’histoires riches en enseignements humains.

Le périple de nos deux voyageurs prend un accent tout kafkaïen et frôle l’absurde, lorsqu’ils sont amenés à demander, telle une ritournelle « Je voudrais savoir où prendre le train pour la Patagonie » et que la réponse est censée émaner de l’Organisme.

Ils auront le privilège de monter à bord du Patagonia Express pour son dernier voyage, après qu’il fut privatisé pour l’occasion par de riches touristes américains.

Il toucheront le monde merveilleux des elfes et des lutins en rencontrant un personnage épique surnommé El Duende, sans jamais comprendre la part de réalité et de légende de cet individu étrange et charmeur.

La langue chante et nous transporte de poésie à chaque page et nous emmène à la rencontre des « gauchos de Patagonie qui considèrent le travail non comme une malédiction biblique mais comme la façon la plus digne d’être sur terre« . On s’inviterait volontiers à leur table dont les fumets de viande grillée s’échappent des pages du livre.

Plus que jamais, la photographie à la touche très brute de Daniel Mordzinski, vient appuyer la force du récit, comme autant de preuves de la justesse du récit. Le portrait superbe de La dame aux miracles vient conforter le lecteur qui peut légitimement douter de son existence.

De la même façon que Le vieux qui lisait des romans d’amour, on peut lire Dernières nouvelles du Sud comme un récit initiatique.

Le texte est ciselé par un orfèvre de la prose. Après l’avoir refermé, il ne nous reste qu’une seule chose à faire : préparer nos bagages et partir à la découverte du monde.

Dernières nouvelles du Sud

Editions Métailié

L’auteur : Luis Sepulveda est né en 1949 au Chili. Son premier roman Le vieux qui lisait des romans d’amour a connu un succès mondial, encensé aussi bien par la critique que par le grand public. Ses livres sont actuellement traduits dans plus de cinquante pays.

Le photographe : Daniel Mordzinski est né en 1960 en Argentine. Il est correspondant en France du journal espagnol El Pais.

Categories: Art, Essai, Passion, Société, Voyages

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