Le petit village de Holcomb dans le comté de Finney (Kansas), peuplé de quelques 270 âmes, va être en 1959 le théâtre d’un terrible fait divers : une famille de quatre personnes va être exécutée sous son toit.
Situé quasiment au centre des États-Unis, l’endroit est une terre agricole ou les fermiers sont d’origines aussi variées que l’Allemagne, l’Irlande ou encore le Japon et le Mexique. Cette petite communauté vit en harmonie autour d’activités ordinaires : « travail, chasse, regarder la télé, assister aux fêtes scolaires, aux répétitions du chœur… ». Bref, tout le monde se connait, il est rare qu’on ferme les portes à clé la nuit.
Partant d’une histoire vraie, Truman Capote va reconstituer les faits. En recueillant les témoignages des gens vivants sur place, en lisant les rapports de police, il fait de ce drame un formidable roman.

La description des lieux et de l’environnement des victimes est très détaillée. On a une idée précise de qui ils fréquentaient, de ce qu’ils faisaient et de l’image qu’ils donnaient dans cette petite société.
L’auteur nous brosse les portraits de tous les protagonistes, on peut même parler de profils psychologiques concernant les assassins. On découvre leur parcours depuis leur petite enfance. Les témoignages oraux et les traces écrites qu’ils ont laissé mettent à jour leurs motivations et leurs mobiles.
C’est aussi une photographie de ce qu’étaient les États-unis au début des années 1960. Nous traversons une grande partie du pays en suivant la cavale des meurtriers, de Las Vegas jusqu’en Floride, nous imprégnant au passage de l’air du temps.
Ce qui est incroyable dans ce livre, c’est qu’il semble être la genèse de ce que vont être les romans policiers après celui-là (il date de 1966). La manière de planter le décor, de mener l’enquête, de reconstituer les faits comme les pièces d’un puzzle puis de les assembler, en fait un livre à l’écriture très moderne.
Nombre d’écrivains de polars ou de thriller ont dû s’inspirer inconsciemment ou pas de cette œuvre, en tout cas j’y ai retrouvé beaucoup de choses connues.
Tout amateur de ce type de roman devrait avoir lu « De sang froid », c’est une vraie révélation.

De sang-froid, Truman Capote
Folio

L’auteur :
Truman Capote est né en 1924 à la Nouvelle-Orléans et est mort en 1984 à Los Angeles.
Harper Lee a été une amie d’enfance



Categories: Classique, Policier

2 réponses actuellement.

  1. Pat de Btz dit :

    Bonjour Hervé W.

    Quand on sait que Truman Capote s’est inspiré d’un fait réel, qu’il a enquêté sur cette affaire à la façon d’un journaliste, voire d’un policier, qu’il a rencontré à plusieurs reprises les auteurs de ces crimes pour élaborer son livre, je comprends votre sentiment de « déjà lu ». Emmanuel Carrère ( et ce n’est pas le seul ) dans « l’adversaire » se sert de la même méthode jusqu’à rencontrer Jean-Claude Romand, qui vous le constastez avait un nom prédestiné, pour écrire son livre !
    Le livre fut pour moi aussi un vrai choc littéraire, et une puissante réflexion sur la peine de mort.
    Bonne journée
    Pat

    • Hervé Weill dit :

      Bonsoir Pat,
      Je suis d’accord. La grosse différence étant que dans le roman de Carrère il subsiste de nombreuses zones d’ombre (que faisait-il de ses journées, la mort suspecte de son beau-père (si mes souvenirs sont bons), entre autres). Alors que chez Capote, l’enquête est d’une précision chirurgicale, et nous n’ignorons rien, ni des faits, ni de la vie des protagonistes. Oui, définitivement un vrai choc littéraire.
      Merci pour votre remarque judicieuse.
      Hervé

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