Suite à une promesse qu’il s’était faite (celle de vivre en ermite au fond des bois avant ses quarante ans) et un court séjour quelques années auparavant, Sylvain Tesson s’installe au bord du lac Baïkal. Long de 700 km de long, 80 de large et une couche de glace de 1,10 m en hiver, ce lac dans la taïga sibérienne sera le décor de l’écrivain aventurier (ou l’inverse) pour six mois. Il va y faire du patin à glace, y pêcher, s’y promener, y naviguer. Avant de partir il fait le plein de livres (la liste est impressionnante et intéressante), de ketchup, de cigares et surtout de vodka. Sa consommation de l’alcool russe est impressionnante, guérit de beaucoup de maux et est indispensable, avec le thé, pour recevoir les rares visiteurs au fil des mois.

Tesson s’installe dans son isba et on se demande bien quelles pourront bien être ses activités en vivant seul. Peut-on se priver de presque tous les objets de la vie moderne ? Quand on veut rendre visite à quelqu’un d’une isba voisine, c’est toute une expédition de plusieurs jours. L’activité physique ne manque pas : il faut régulièrement couper du bois pour se chauffer, pêcher pour se nourrir et il se promène beaucoup dans cet espace grandiose. Il y a évidemment beaucoup de temps passé à la réflexion et à l’introspection. La question est ouverte dès le début : « est-ce que je suis capable de me supporter ? » Au fil du temps il devient contemplatif et peut passer du temps derrière sa fenêtre à observer la nature ou la mésange qui lui rend visite tous les jours. Le trait de lumière qui traverse la vitre et se déplace lentement est également matière à réflexion. Il s’aperçoit qu’un ermite n’a finalement pas besoin de grand-chose pour exister, il peut vivre avec peu. Les rares nouvelles qu’il a du monde se fait par l’intermédiaire de journaux que parfois des visiteurs lui tendent. En apercevoir les titres lui suffit à estimer qu’il lui seront plus utiles pour emballer son poisson.

Il nous fait part de beaucoup de sentiments sur la vie érémitique, sans toutefois se livrer totalement m’a-t-il semblé. Il y a un cap qu’il ne franchit pas, chacun garde sa part de secret, que l’on soit l’écrivain ou le lecteur.
Nous sommes quand même en permanence entrain de nous mettre à la place de l’auteur, se demandant si on supporterait un tel degré de solitude. Il nous livre un début de réponse quand il écrit : « … de mon duvet, j’entends crépiter le bois. Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il manque quelqu’un à qui l’expliquer ».

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson
Gallimard

Categories: Aventures, Témoignage, Voyages

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