Disons-le sans en préambule, comme ça c’est fait : ce dernier roman d’Agnès Ledig est certainement le plus abouti. La dédicace à son fils disparu nous fait comprendre qu’il est certainement le fruit d’une lente maturation et que le moment de l’écrire était venu. C’est forcément le signe d’un changement, mais pas radical : les papillons ne sont jamais loin !
Les personnages sont comme toujours abîmés par la vie, en lutte avec leurs corps et/ou avec leurs sentiments. Les rencontres vont changer les comportements et l’estime qu’on peut se porter à soi-même, chemin indispensable vers la guérison.

Anaëlle, écrivain qui a été victime d’un grave accident de voiture, écrit à Hervé, procureur de la République à Strasbourg, afin d’obtenir des renseignements pour son nouveau livre. Entre les deux va se nouer une relation épistolaire (à l’encre et au papier) forte, au grand dam de l’assistante d’Hervé, vieille fille et secrètement amoureuse de son patron.
Thomas se rend tous les jours à l’hôpital pour rendre visite à son petit frère Simon, qui vit dans une chambre stérile en attendant une greffe de moelle. Il prend le relais des parents afin que le petit garçon soit seul le moins possible. Pris entre les visites quotidiennes, son travail et l’angoisse quant à l’avenir de son frère, Thomas se ressource quand il peut dans la forêt, passion qu’il fait partager à Simon. La nature est un personnage à elle seule, notamment la forêt (les arbres) qui est présente tout au long du livre. Et les animaux aussi, où on en apprend beaucoup sur le coucou et le hérisson, mais toujours dans une analogie aux humains. Après tout, et même si on a tendance à l’oublier, nous sommes également des animaux.
Comme à son habitude l’auteur nous plonge dans l’intimité des personnages, dans leur introspection : leurs doutes, leurs envies, leurs craintes, leurs peurs ou leurs espoirs. Nous ne sommes pas différents d’eux, nos histoires le sont, mais nos questionnements sont les mêmes.

Il y a énormément de poésie dans ce roman, on sent que c’est quelque chose qu’aime Agnès Ledig. Il y a en liminaire les quelques lignes extraites de « Les Contemplations » (que tout le monde devrait avoir dans sa bibliothèque) de Victor Hugo (qui y pleure notamment sa fille Léopoldine), et on y déniche même des alexandrins que je vous laisse le plaisir de trouver.

C’est vraiment un beau roman (une belle histoire…) qui laisse la place à l’émotion dans ce que le mot a de plus noble. Sans grandiloquence ni chichis, sans démonstration magistrale, poncifs ou mièvrerie, mais simplement l’histoire de gens comme nous qui dans leurs difficultés essaient de percevoir les petites choses positives qui les aident à avancer.

Dans le murmure des feuilles qui dansent, Agnès Ledig
Albin Michel

Categories: Passion

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