Ce texte d’une centaine de pages a été écrit pour le théâtre en 1988. Je viens de le relire. J’ai été frappée par son actualité. On peut l’aborder comme un récit, un conte, une poésie. Une poésie cruelle et émouvante qui nous entraîne dans un endroit du monde qui n’est pas nommé, un quelque part, un ailleurs que le lecteur situe facilement au Moyen-Orient. Il y a le conflit qui est au centre de la pièce. Cela peut-être la longue, très longue guerre qui oppose Israël à la Palestine, mais on peut aussi imaginer que ça puisse être en Syrie, en lrak, à Beyrouth… Voilà pour le lieu. Quant à l’histoire, elle plonge ses racines dans la grande Histoire et mêle passé, présent et futur, des hommes des femmes vivants et morts. La mythologie n’est pas loin. Qui sont ces dieux et cette foule de disparus qui du haut de l’Olympe, du Paradis ou d’un quelconque cercle de l’Enfer, contemplent les humains dans leurs bestiales convulsions ?

Dans ce texte étrange, il y a deux camps. Les personnages sont dans l’un ou dans l’autre. La vie est au centre. Les enfants jouent, jouent à la guerre, se mettent en joue, imitent les grands frères, attendent de grandir pour prendre le relai, prendre les armes. Mais en attendant, ils jouent comme jouent tous les enfants du monde – je te tue, tu m’as tué, on se relève comme au théâtre – sauf que dans les ruines des villages, dans les no man’s land où ils s’ébattent, il y a des mines, des obus et que ça fait des vrais morts. Et dans le texte de Michel Azama les morts se redressent et parlent, commentent leur trépas, le contestent.
Cela m’a fait penser à un reportage sur la guerre en Irak, où on voyait un soldat mort, son cercueil sous le drapeau, puis ensuite un petit film d’amateur tourné par ses parents où le jeune mort s’ébrouait dans une piscine, tondait la pelouse et enlaçait sa fiancée. Dans Croisades, les morts sont morts hier ou il y a des millénaires aux Croisades. Déjà à cette époque le combat se déroulait en Méditerranée.

On ne peut pas lire Croisades sans penser que nous vivons une époque singulière, nous sommes nourris de catastrophes, nous assistons sur petit écran  à indicible au moment des repas, ingurgitant les horreurs les plus folles, les publicités les plus déjantées. Les massacres côtoient la fiction, comment arriver à faire la différence, à faire le tri. Ce texte, où le rêve et la réalité se croisent, où les espaces, les lieux et le temps sont entrelacés, est un drôle de texte pour un drôle de temps. Une fable qui rend plus humain.

Croisades, Michel Azama
Théâtrales

L’auteur :
Michel Azama né en 1947, il suit une formation de comédien et devient écrivain et dramaturge. Il a écrit une quinzaine de pièces qui sont régulièrement jouées.

Categories: Théâtre

About Loup 30

Lectrice passionnée, amateur de Céline, Thoreau, Auster, Yourcenar, Gelé, Coe, Vargas. Eclectique …La liste est trop longue. Artisane de mots à lire et à jouer. Je suis comédienne installée dans les Cévennes, accessoirement j'ai un doctorat d'Etat en biochimie. Je tiens un blog et j'ai écrit mon premier roman qui vient de paraître cette année "Se départir". blog http://caronlouise.blogspot.fr

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