Qu’évoque pour vous la Commune de Paris ? Etes-vous capable de citer quelques noms des femmes et des hommes qui sont morts en 1871 pour leur idéal ?
C’est ce que fait Michèle Audin dans cette formidable évocation de cette page d’Histoire qui aura fait des dizaines de milliers de morts dans la capitale, une guerre civile qui a opposé les Communards aux Versaillais. C’est d’abord une révolution « tranquille » alors le gouvernement en place, celui de Thiers, s’exile à Versailles. Le journaliste Jules Vallès écrira : « …le murmure de cette révolution qui passe tranquille et belle comme une rivière bleue, ces tressaillements, ces lueurs, ces fanfares de cuivre, ces reflets de bronze, ces flambées d’espoir, ce parfum d’honneur, il y a de quoi gonfler d’orgueil et de joie l’armée victorieuse des Républicains ! ». Dans l’euphorie et le court répit (mais ils ne le savent pas encore) avant la reprise de Paris par Versailles, on ne va pas chômer. Des élections vont rapidement être organisées avec une volonté forte de changement social : égalité des salaires, liberté de la presse, laïcisation de l’enseignement, séparation de l’Eglise et de l’Etat, etc. Quelle modernité ! Ce sont des ouvrières et des ouvriers qui organisent cela, des gens dont les métiers, comme eux, ont disparu depuis longtemps : 251 métiers déclarés pour les hommes, 113 pour les femmes ! Des métiers aussi improbables de nos jours que bordeuses de souliers, ouvrières en cannes, limonadières ou marchandes charbonnière. Un fol espoir envahit donc les rues de Paris où on continue à aller au théâtre, danser, faire la fête.
Le narrateur nous entraîne dans les rues du Paris de 2017 pour retrouver les lieux où ont vécu et sont morts les protagonistes anonymes de la Commune. On vit avec les Parisiens les mois de mars à mai, jusqu’à la Semaine sanglante, où après les barricades qui tombent unes à unes, la répression sera terrible. On ne connait pas exactement le nombre de morts, la fourchette est large, entre 10000 et 30000 ! Probablement 4000 pendant les batailles, pour le reste des exécutions sommaires. On transférera déjà des prisonniers dans des wagons à bestiaux…
Le livre a un parfum de nostalgie envers ceux qui se sont battus et qui sont oubliés depuis longtemps. Documenté par les nombreux journaux de l’époque et par les registres de l’état civil, on revit la chronique du quotidien de gens finalement assez proches de nous, qui avaient certainement les mêmes envies, les mêmes doutes, les mêmes joies.
Cette période d’Histoire de France est sans doute oubliée par une majorité d’entre nous et mérite vraiment qu’on s’y intéresse de près.

Comme une rivière bleue, Michèle Audin
Gallimard

Categories: Passion

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