Michel Forger, écrivain, évoque dans une émission de radio où il est invité, « L’ouverture de Manfred » de Robert Schumann. Il repense alors à son frère Bernard, de huit ans son ainé et mort en 1976, qui écoutait ce morceau en boucle quand ils étaient enfants. Répondant tardivement à une lettre que lui a envoyé l’ancienne maitresse de Bernard, Michel va replonger dans ses souvenirs et écrire le livre qu’il a toujours voulu consacrer à ce frère torturé et violent, mais admiré et tant aimé.
Bernard et Michel sont issus d’une famille Alsacienne bourgeoise déchue, dont il ne subsiste à Melun de la richesse passée, qu’une éducation littéraire et musicale.
La musique est omniprésente, elle appuie le coté mélancolique du livre : « quand on pense à quelqu’un en écoutant de la musique, ce n’est pas sur lui qu’on pleure, mais sur la musique, ou sur celui qu’on était quand il était encore là ».
La relation entre les deux frères a toujours été particulière, tout était réuni pour qu’elle le soit : le contexte familial, la différence d’âge. Mais Bernard va changer profondément après les 30 mois qu’il va vivre en tant que parachutiste pendant la guerre d’Algérie, dont il ne se remettra jamais.
Il est rare que ce qu’on appelait à l’époque « les évènements d’Algérie » soient évoqués de cette manière, évoqués tout court même. Nous reviennent en mémoire les noms de Bab El Oued, de la Casbah, des Aurès. Mais aussi l’attentat de la Corniche, le putsch d’Alger, la station de métro Charonne, le FLN et l’OAS. Ou quand l’odeur du napalm au petit matin était du fait de l’armée française. Basé à Blida, le jeune soldat sera témoin de nombreuses scènes dont il ne se remettra pas.

J’ai beaucoup aimé ce livre, écrit avec beaucoup de poésie, mais qui est triste comme une lettre posthume. L’évocation de toutes ces vies, maintenant terminées ou sur le point de l’être nous ramène à notre propre condition : l’impossibilité de revenir en arrière, comment vivre avec ses blessures et comment remplir sa vie avec la fin inéluctable ?
A un moment l’auteur compare notre vie à une partie de flipper : on prend ou on donne des coups, on marque des points, mais au final on ne joue que contre soi-même et on sait comment ça va finir, par un tilt ou un game over.
Sur fond d’amours et de trahisons, c’est très beau et douloureux à la fois.

Comme une ombre, Michel Schneider
Grasset (sortie prévue en septembre 2011)

L’auteur :
Michel Schneider, né en 1944, est un écrivain, énarque, haut fonctionnaire et psychanalyste français



Categories: Passion

1 réponse actuellement.

  1. [...] alors « les évènements d’Algérie ». Comme Michel Schneider dans « Comme une ombre », Jenni nous fait découvrir ce qu’était cette guerre, la violence et les déchirements [...]

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