Bernard Pivot

Ecrit par Dominique 2 Commentaires

Aller à la rencontre d’un écrivain dans le cadre accueillant du Château de l’Ile est toujours très engageant et on sait qu’on passera au moins un moment agréable tout en dégustant une cuisine magnifique et raffinée.

Dans le cas de Bernard Pivot, qui n’est pas écrivain de métier, l’enjeu est important car qui mieux que lui pourrait être qualifié de parrain de la littérature française, tant les éditeurs se sont pressés pendant des années pour qu’il accueille leurs auteurs dans son émission Apostrophes. Je parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais qui n’a pas, au moins une fois dans sa vie, regardé une seule des 724 émissions en direct ? Ce rendez-vous incontournable de la télévision a converti plus d’un septique au plaisir de la lecture.

Ecrire un article sur Bernard Pivot est à cet égard d’autant plus difficile que c’est lui qui a, par son exigence et son éclectisme, longtemps fait le succès d’un auteur et la fortune de son éditeur. Donc je me sens plus qu’en d’autres circonstances le devoir d’écrire le mot juste à son propos.

Justement, ce sont des mots dont il s’agit. J’avais en tête la nostalgie des émissions Apostrophes et Bouillon de culture et je me demandais pourquoi ce journaliste, après avoir cotoyé tant d’écrivains, n’a jamais plongé lui-même pour commettre son roman.

La réponse est désarmante de simplicité. Quand on aime les mots à ce point-là, quand on est un épicurien affirmé et qu’on a eu une enfance heureuse, voire banale, la source d’inspiration n’est pas à la hauteur de l’exigence que l’homme s’en fait.

Quand on voit avec quel plaisir il parle de vin et avec quelle malice ses yeux pétillent lorsqu’il justifie le choix du mot ouille dans son dernier livre Les mots de ma vie, on se dit fort à propos que passer une soirée avec Bernard Pivot à discuter au coin du feu doit forcément être un de ces moments inoubliables qui rendent la vie sublime. Mais bien-sûr, pas de quoi en faire un roman. En le voyant et en l’écoutant, on n’arrive pas à imaginer à quel point la vie d’un journaliste qui lit les livres qu’il présente à l’antenne doit être austère.

Lorsque je lui ai demandé s’il pensait avoir un héritier dans le monde de l’audiovisuel, il a répondu sans fausse modestie que ce n’était pas une revendication de sa part, tout en évoquant l’excellente émission La grande librairie de François Bunel sur France 5. Son regard lucide sur la pipolisation des animateurs de télévision qui plus que tout, passent leur temps à faire leur propre promotion avec des invités faire valoir nous confirme qu’une ère est révolue. Selon lui Apostrophes est arrivée au bon moment et ne fonctionnerait plus forcément aujourd’hui.

Après avoir expliqué au public ébahi la différence entre zut et merde selon le degré d’embarras qu’on subit, plus que tout, parler de foot, à la demande de spécialistes dont je ne fais pas partie, l’a libéré des sempiternelles questions traitant de lettres.

A coup sûr, Bernard Pivot est un mec sympa. Charmant et accessible, il s’est prêté au jeu des dédicaces avec beaucoup d’originalité en écrivant un mot personnel à chacun, ce qui est remarquable.



2 réponses actuellement.

  1. [...] de l’Unesco. Soutenue par des personnalités prestigieuses comme Yannick Noah, Erik Orsenna et Bernard Pivot, ces efforts sont aujourd’hui en bonne voie d’aboutir, vu que la candidature a été validée [...]

  2. [...] avant tout Bernard Pivot donne le sentiment (confirmé lors de notre rencontre avec lui évoquée par Dominique) d’être un homme d’une grande humilité, et toujours étonné d’être là où il [...]

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