C’est le livre d’un énergumène, si on connaît et pense à l’omniprésence médiatique de ce jeune auteur, qui ne fait pas qu’écrire.

Le personnage principal, un enfant de sept ans, est un énergumène aussi - par ses propos et  par son attitude envers les adultes. Un enfant doit-il se faire très grand dans ses observations pour être… enfant, tout simplement ? Madec, le plus petit des trois frères de cette « belle famille », existe tellement, qu’il gène et encombre beaucoup ses frères et ses parents, surtout sa mère.

Arthur Dreyfus réussit, ce qui est rare, à faire vivre ses personnages, chacun avec son caractère, son langage, sa vision du monde (et de famille !). Si la vision du monde de Madec, l’enfant de sept ans, peut rivaliser avec une conception de vie, une Weltanschauung, c’est parce que, encore une fois, il est un… héros. Il a besoin de beaucoup de force, de curiosité, de patience pour vivre et… mourir tôt !

On ne parvient pas à s’identifier à cet enfant, ou à d’autres personnages, mais on n’est pas non plus détaché. Si l’auteur est très pris dans son histoire, le lecteur est très pris par son histoire.

Livre serti de détails justes, souvent frôlant le cynisme. Livre satyrique. Mais avec le sens de la formule.

Les ressorts d’un mariage, d’une rencontre, d’une décision (d’avoir des enfants) – sont dévoilés par le biais d’une écriture qui nous oblige à la réflexion, aux ressorts de nos propres actes. Si « Belle Famille » est tout le contraire d’un livre soporifique, il ne nous bouscule pas trop non plus.

Le livre a été inspiré par un fait réel, la disparition très médiatisée, en 2007, de la petite Maddie McCann, et surtout par ses échos dans les diverses médias. Il faut y voir quand même surtout une traduction (comme je le dis par ailleurs), une transposition et même une transgression des faits – ce qu’est tout livre.

« La différence était-elle toujours une pose ? », voilà ce que je me suis demandée à propos de l’auteur, en pensant à la façon d’écrire – à partir de la même question lue dans le texte. Ses remarques ou scènes appuyées sont-elles feintes, pour mieux attirer l’attention sur lui ?

« Qu’est-ce qui vous fait peur ? », a-t-on demandé à un ministre. Il a répondu : « L’évidence ». J’aime croire qu’Arthur Dreyfus a lui aussi peur de l’évidence. Il a eu horreur d’un simple fait réel  (divers) -  « Tout, plutôt que le vide » – et il a fait un détour par l’imagination, pour retrouver « le vrai ».

« Une vie inexplorée et pourtant racontable ; […] » Et l’auteur y est arrivé très bien : « Tout cela semblait plausible ».

Si, lucide et perçant, Madec a accepté de jouer le jeu de la vie, c’est parce que, pareil à l’auteur, « il guettait la moindre de ses parenthèses – ces instants où, fracassant le réel, l’imprévu pouvait éclore. »

La mort accidentelle de l’enfant est exagérément décrite – invraisemblable même. Comme invraisemblable sera toute la suite du récit. Mais la lecture devient haletante.

Il revisite aussi les livres et romans policiers : c’est moins l’enquête menée qui nous « tient » (dont le dénouement est connu par ailleurs), que les portraits des personnages secondaires. On veut voir encore plus développées les vies de l’inspecteur de police, ou celle d’un suspect mis en prison.

J’ai fini le livre en me demandant : être humain, c’est… jouer la comédie ?

« Belle Famille », un livre dont la lecture rend heureux. Depuis, j’ai appris qu’Arthur Dreyfus avait publié aussi, en 2011, «Le livre qui rend heureux » !

Belle famille

Editions Gallimard

L’auteur : Arthur Dreyfus est né en 1986. Belle Famille est son deuxième roman.

Categories: Divers, Psychologie, Société

About sanda voica

qui aime (depuis) toujours lire, écrire et traduire voir aussi la revue paysages écrits https://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits/

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