Oublions tout de suite le débat consistant à se poser la question de la stratégie littéraire autour d’Amélie Nothomb. Elle écrit et son éditeur a trouvé le filon pour mettre en valeur cette auteure prolixe. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, chaque rentrée nous apporte son nouveau roman, autant s’y faire. Et puis c’est facile à lire. En moins de deux (heures), c’est fait et on peut apporter sa pierre à l’édifice des critiques en tous genres.

J’ai aimé pas mal de ses romans, mais ses dernières productions m’avaient laissé indifférent. Le temps de trouver dans un carton une version courte de Barbe Bleue pour me remettre le conte en mémoire et je me suis mis à l’ouvrage, si on peut dire.

Une jeune femme répond à une annonce de colocation en se rendant sur place, avec une quinzaine d’autres personnes. L’annonce est alléchante autant en prix qu’en prestation pour un appartement parisien. Il n’y a que des femmes pour postuler. Comme Saturnine (hé oui, c’est le prénom de l’héroïne) va l’apprendre rapidement, c’est uniquement pour rencontrer la maître des lieux, homme richissime à la terrible réputation, celle d’avoir fait disparaître huit femmes.

L’hôte, un noble espagnol du nom de don Elemirion Nibal y Milcar n’a qu’une exigence : interdiction d’entrer dans une pièce de la maison, une chambre noire. Choisie parmi les prétendantes et nullement effrayée, Saturnine va accepter le contrat.
Amélie Nothomb renoue avec des dialogues truculents, entre Saturnine et don Elemirion. Dans un huis clos troublant où ils devisent des plaisirs de la vie en buvant du champagne (l’envie d’en déguster une coupe ou deux est quasiment irrépressible) et en mangeant des plats raffinés, se noue une relation complexe où chacun joue sa partition avec franchise.
Elle aborde plusieurs sujets, la religion, la domination, l’attrait du mystère et de l’horreur, les changements de perspectives suivant qu’on soit amoureux ou pas. C’est cynique et drôle.

J’ai  plutôt aimé ce Barbe Bleue revisité. Il l’est dans une certaine mesure, l’intrigue principale étant dans ce que recèle la chambre noire et si Saturnine va transgresser la règle. Et qu’adviendra-t-il de Barbe Bleue, alias notre Espagnol catholique ? N’attendez pas la soeur Anne, elle ne verra rien venir pour cause d’absence.
Un millésime plutôt sympa qui relance Amélie pour 20 ans, même si j’ai tout de même l’impression qu’elle n’arrivera plus à nous surprendre. Et ça c’est bien dommage. Du Nothomb pur jus, donc.

Barbe bleue, Amélie Nothomb
Albin Michel

L’auteure :
Amélie Nothomb est un écrivain Belge, née en 1967 à Kobé (Japon).

Categories: Passion

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter