Le livre commence comme ça :  » Tu as quitté au petit matin un Paris brumeux où tout allait de soi et où la vie était simple, pour t’envoler vers le Moyen-Orient. » Dès le départ on sait que ce sera un voyage difficile. Déjà le titre le laisse présager. Zone rouge, le Bagdad dangereux. L’auteure a écrit à la deuxième personne du singulier ce qui  lui permet de créer une distance entre le récit personnel et la relation pour autrui. C’est en fait comme si elle se racontait ce qu’elle vit. Ce choix est particulièrement adapté à ce livre de « reportage », entre le roman autobiographique et l’essai journalistique.

Il s’agit du témoignage d’une journaliste française qui ne s’est pas installée confortablement à l’hôtel en zone verte (la zone internationale tenue par les Américains). Elle est hébergée par une famille ruinée de Bagdad et vit avec eux, leur vie au quotidien, elle s’habille de façon traditionnelle, porte un foulard et revêt l’abbaya pour ne pas effaroucher ses hôtes et ses interlocuteurs arabes. Grâce à son chauffeur, Ali, elle a pu obtenir des contacts avec la population, gagner leur confiance suffisamment pour qu’ils acceptent de lui parler. Elle a recueilli des témoignages individuels auprès de médecins, d’artistes, de restaurateurs, de veuves, de jeunes filles, elle  a rencontré des Chiites, des Sunnites, des Kurdes, des Turcomans, un diplomate australien en poste… Nous avons donc une mosaïque d’opinions sur la situation plus que complexe et explosive de l’Irak.

Vu d’ici, on a bien du mal à comprendre précisément ce qui se joue en Irak car ça dépasse les irakiens eux-mêmes. Anne Nivat a fait plusieurs séjours et dans ce récit elle mêle un peu les périodes et nous livre des impressions contradictoires.  Instructif, cependant il ne faut pas espérer déchiffrer le conflit irakien. On en devine cependant l’extrême complexité au travers des contradictions des témoins. C’est un pataquès de conflits locaux tribaux et religieux, d’intérêts personnels et politiques, de milices plus fortes que la police irakienne mais plus efficaces à protéger la population de certains quartiers… Bagdad apparait comme la ville de tous les dangers que certains habitants courageux ne veulent pas abandonner. J’ai noté cette phrase saisissante: « Dans les rues de Bagdad, le temps de survie d’un Occidental lâché sans protection est de douze minutes ».

Bagdad zone rouge, Anne Nivat
Fayard

L’auteure :
Anne Nivat est né en 1969. Elle est grand reporter et travaille pour « Le Point ». Elle a obtenu le prix Albert Londres en 2000 pour son livre « Chienne de guerre, une femme reporter en Tchéchénie. »

Categories: Témoignage

About Loup 30

Lectrice passionnée, amateur de Céline, Thoreau, Auster, Yourcenar, Gelé, Coe, Vargas. Eclectique …La liste est trop longue. Artisane de mots à lire et à jouer. Je suis comédienne installée dans les Cévennes, accessoirement j'ai un doctorat d'Etat en biochimie. Je tiens un blog et j'ai écrit mon premier roman qui vient de paraître cette année "Se départir". blog http://caronlouise.blogspot.fr

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