Ancien activiste d’extrême gauche longtemps recherché par la police, Jonathan Swift (homonyme assumé de l’auteur irlandais qui a entre autres écrit Les voyages de Gulliver) est entré dans les ordres, et exerce son sacerdoce dans une mission perdue au fin fond du Burkina-Faso. Son passé de terroriste le rattrape quand il est convoqué au Vatican afin de rencontrer Monseigneur Di Roggero qui va lui faire une offre qu’il ne pourra pas refuser : se rendre dans la Principauté de San Bernardo pour démontrer que la demande de béatification de la princesse Lisa, morte au volant de sa Rolls, est sans fondement. Son mari, le Prince René IV, a besoin de redorer le blason de son île paradisiaque (fiscalement surtout), et une Sainte c’est toujours bien pour se refaire une virginité, si j’ose dire.

Afin de tromper la vigilance des flics de l’île, Jonathan va faire appel à un ancien ami de sa vie d’avant qui est devenu flic pour le couvrir et brouiller les pistes. Le chef de la sécurité du Palais, Ferrandi, a l’oreille du Prince René et à tous pouvoirs pour gérer les affaires gênantes aux entournures, y compris celui de diriger la police locale.

Si le héros est un curé envoyé par le Saint-Siège afin d’enquêter sur une Sainte en devenir, on reste très loin des préceptes d’amour et de partage prêchés par l’Église. Sauf si on parle d’amour des soutanes sur mesures et des Cohibas, et de partage de bénéfices. Car même ceux qu’on soupçonne d’avoir une Foi sans faille peuvent être tentés par le péché, quels qu’ils soient. L’Homme est faible, les tentations sont nombreuses et les voies du Seigneur sont impénétrables.

C’est un polar irrévérencieux, avec d’anciennes barbouzes qui retrouvent leurs réflexes d’antan, des hommes d’Église qui n’ont pas que pour mission l’évangélisation des peuples, et un pouvoir princier qui ne demande l’avis de personne pour gérer ses petites affaires. Si cette Principauté de San Bernardo vous en rappelle une autre, c’est normal c’est fait exprès. On rigole beaucoup entre des personnages sans scrupules comme Ferrandi (un sous-officier devenu colonel qui se confectionne des uniformes d’officier d’opérette) et les dialogues pleins de métaphores très réussies. Un polar qui ne se prend pas au sérieux et qui fait passer un bon moment.

Au service secret de Sa Sainteté, Patrick Raynal
L’Ecailler

L’auteur :
Patrick Raynal est né en 1946 à Paris. Il a dirigé la Série Noire Chez Gallimard de 1991 à 2004

Interview de Patrick Raynal

Categories: Policier

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