Depuis plusieurs années Joseph Weismann témoigne inlassablement sur les conditions de son évasion du camp de Beaune-la-Rolande en 1942. A force de s’entendre demander ce qu’il s’est passé après, il s’est décidé à en faire le récit dans ce livre. S’évader comme il l’a fait à 11 ans est déjà en soi une chose incroyable. Mais comment survivre quand sa famille a été déportée, comment se nourrir, se loger et échapper au destin tracé par le nazis pour les juifs ? Et comment se construire une vie « normale ».
Dans le premier tiers, il nous raconte les conditions enfermement après la rafle du Vél’ d’hiv, dans le vélodrome et à Beaune-la-Rolande (que vous pouvez trouver en partie au travers de son témoignage). La décision de s’évader est prise au lendemain de la séparation de 300 enfants de leurs parents, le train -pour Auschwitz- contenant trop de petits d’après les Allemands. Des gamins de tous âges se retrouvent livrés à eux-même, prostrés et traumatisés. Joseph va se trouver un seul copain pour s’évader, un autre Joseph (Koganovitch), dit Jo.
Séparés en arrivant à Paris, chacun se rendant à sa propre adresse, il vont connaitre des fortunes diverses et ne se reverront que bien des années plus tard.
Ce qui est frappant chez Joseph, c’est la lucidité dont il fait part. Par exemple, placé dans différents orphelinats à Paris même, il comprend tout de suite que c’est un moyen facile pour les Allemands de contrôler les enfants juifs. Il échappera par chance à une rafle dans un des établissements. Ses conditions de vie pendant la guerre vont souvent être très difficiles, même si, d’après lui, son « expérience » du camp lui en a déjà fait voir de pire.
Le seul désir de Joseph est d’être accueilli dans une famille aimante, mais ce sera difficile. Souvent ceux qui acceptent des prendre des enfants chez eux le font uniquement pour l’argent. Il ira dans la Sarthe avec deux fillettes chez une dame dont les valeurs et l’attitude oscillent entre les Thénardier de Hugo et la Folcoche de Bazin. Jusqu’à ce qu’un jour, la chance frappe enfin à la porte de l’orphelinat sous la forme d’une femme, venue pour gâter une petite fille au hasard une fois par semaine. Elle sera séduite par Joseph, dont la vie va basculer cette fois dans le bon sens. Ce sera dur, il faudra se faire à l’idée que ses parents ne reviendront pas, se battre contre l’antisémitisme toujours là après la guerre ou contre la maladie.
Il pourrait en vouloir au monde entier, Joseph. Comme il le dit : « je n’ai pas eu mon quota d’enfance ». Mais pourtant, nulle haine dans ses propos. Il arrive toujours à comprendre (au moins à essayer), le point de vue de l’autre dans la situation ou il se trouvait. On peut au travers du livre voir une certaine France, pendant et après la guerre, au travers de la vie de Joseph Weismann. Mais cette France,  il ne la juge pas et ne fait pas d’amalgame. Une belle leçon.

Après la rafle, Joseph Weismann (avec Caroline Andrieu)
Michel Laffon

L’auteur :
Joseph Weismann est né à Paris en 1931



Categories: Biographie, Historique

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