Ce livre est sorti en mai 2007. L’auteur raconte l’histoire de Marie, une femme jeune et fragilisée qui se sent déboussolée. Son mari, elle l’a épousé parce qu’il se trouvait là au bon moment quand elle avait besoin de quelqu’un. Ses deux enfants, elle les aime mais n’arrive pas à trouver la force de les élever dans la banlieue de Calais à une encablure du camp de Sangatte qui vient d’être fermé. Sa vie bascule du jour au lendemain quand elle entre un midi par hasard, dans la tente de l’aide aux réfugiés plantée devant la mairie. Elle se prend au jeu du bénévolat et néglige sa famille, entraînée par une force irrésistible presque mystique vers le gouffre.

Quand je parle d’Olivier Adam avec d’autres lecteurs, on me dit souvent : « c’est la même histoire qu’il décline, il écrit toujours le même livre ! ». C’est vrai et c’est faux à la fois. L’auteur a un style, il aime certaines atmosphères et il sait bien nous les faire sentir. Ce livre n’est pas nombriliste comme l’était son dernier roman Les lisières où un écrivain maudit alcoolique, goujat, malheureux, décrivait la banlieue de son enfance en forçant le trait sur ces lisières, la petitesse de ses parents et le fait qu’il ne veut pas leur ressembler.

On retrouve dans A l’abri de rien les préoccupations de l’auteur, l’engrenage infernal qui broie les petites gens. C’est angoissant parce que c’est tellement juste. Il ne cultive pas le misérabilisme pour  faire humain, son livre décrit des êtres humains avec leurs failles, leurs errements. Les personnages sont attachants, consistants, dépeints avec précision jusque dans le tréfonds de leur âme. On s’interroge sur le monde comme il va, sur la migration de ces réfugiés dont personne ne veut, qui ont quitté la misère de leur pays avec l’espoir d’un Eldorado européen et qui finissent par crever de froid, de faim et de trouille au bord de la mer du Nord à la merci des passeurs, de la police et de la mort.

La société telle qu’elle est ne peut rien leur offrir, la charité individuelle allège un moment leur angoisse sans ouvrir de porte de sortie. C’est de ce monde là que parle le roman d’Olivier Adam. A mon avis, un bon livre, bien écrit, pas gai mais si vrai qu’on en sort sonné.

A l’abri de rien, Olivier Adam
Points

L’auteur :
Olivier Adam est né à Draveil en 1974

Categories: Société

About Loup 30

Lectrice passionnée, amateur de Céline, Thoreau, Auster, Yourcenar, Gelé, Coe, Vargas. Eclectique …La liste est trop longue. Artisane de mots à lire et à jouer. Je suis comédienne installée dans les Cévennes, accessoirement j'ai un doctorat d'Etat en biochimie. Je tiens un blog et j'ai écrit mon premier roman qui vient de paraître cette année "Se départir". blog http://caronlouise.blogspot.fr

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